Transformer sans fracturer : comment Nicolas Coudert réinvente une entreprise industrielle face aux aléas climatiques.
Nicolas Coudert, dirigeant et repreneur de Sinthylène, invité de Yannick Chammings chez VISCONTI Talks.
Dans cet épisode de Visconti Talks, Yannick Chammings reçoit Nicolas Coudert, repreneur de Sinthylène, une entreprise industrielle de transformation textile créée il y a plus de 60 ans, spécialisée dans la protection collective des professionnels face aux aléas climatiques.
Après un parcours dans la tech et le corporate, une start-up en medtech, des responsabilités chez Microsoft, la direction d'une PME du logiciel, Nicolas Coudert fait un choix à contre-courant : reprendre une entreprise industrielle, low-tech et durable, entre Lyon et Mâcon.
Derrière cette décision se dessine une réflexion bien plus large sur la posture du repreneur, la gestion de sa propre subjectivité et l'art de transformer une entreprise sans en briser l'âme.
Reprendre pour protéger : une vision du dirigeant
Pour Nicolas Coudert, la reprise n'est pas qu'une opération financière.
C'est un projet qui fait sens.
En explorant la documentation d'origine de Sinthylène, il redécouvre un mot inscrit dans l'ADN de l'entreprise dès sa création : protection. Une vocation un peu perdue au fil des années, que les catalogues avaient remplacée par un générique « leader de l'aménagement sur mesure ».
Là où d'autres voyaient une PME industrielle dans son jus, il voit une mission : protéger les professionnels face aux aléas climatiques : chaleur, grêle, vent, inondations, feux de forêt.
Des produits résilients, durables, à fort impact. Tout ce qu'il cherchait après des années passées dans la tech.
Bâtir un cahier des charges, gérer sa subjectivité
La rencontre avec Sinthylène n'est pas tombée du ciel.
Elle est l'aboutissement de plus d'un an de recherche, de dossiers écartés et de dirigeants jugés pas assez mûrs dans leur projet de cession. Un cahier des charges précis ; secteur, géographie, capacité financière, qualité de la relation avec les cédants, a servi de boussole.
Mais un cahier des charges ne suffit pas. Chez VISCONTI, l'un des six grands défis du dirigeant est précisément la capacité à gérer sa subjectivité sans en devenir prisonnier.
Comment, alors, conjuguer coup de cœur et lucidité ?
La réponse de Nicolas Coudert tient en deux mots : regards croisés.
Pour challenger son intuition, il a fait intervenir des proches issus du bâtiment, de l'industrie, du monde manufacturier des univers qu'il ne maîtrisait pas. Visites de sites, questions sur les fondamentaux financiers et commerciaux, avis contradictoires assumés.
Car une reprise ne se transforme jamais sans conviction. Mais une conviction se vérifie.
Transformer sans fracturer : le temps comme allié
Reprendre une entreprise de 60 ans, c'est hériter d'une histoire.
Un fondateur, puis une transmission familiale, et aujourd'hui un nouveau chapitre. Nicolas Coudert ne se vit pas comme un point de départ, mais comme un maillon d'une continuité industrielle.
D'où un cap clair, posé dès le premier jour : ne pas casser le modèle en place. L'observer, le questionner, apporter de la transparence puis transformer, progressivement.
C'est aussi là qu'il identifie, rétrospectivement, ce qu'il aurait pu faire autrement.
La dimension humaine, d'abord. Dans une entreprise industrielle, il reconnaît l'avoir un peu sous-estimée. Les difficultés RH rencontrées en 2025 en ont été le révélateur. Découvrir ses équipes seulement quinze jours avant la reprise n'aide pas : la phase de découverte mutuelle prend du temps, et ce temps, il faut l'accepter.
Sa conviction aujourd'hui : traiter les signaux d'alerte le plus tôt possible, sans pour autant brusquer des collaborateurs qui détiennent le véritable savoir-faire de l'entreprise.
Concrètement, cela passe par des gestes simples : un barbecue, l'ouverture de l'usine aux familles, le retour de retraités pour transmettre les savoir-faire et par une multiplication des visites clients, moteur de transformation et d'innovation pour une entreprise habituée à vendre à distance.
Pourquoi un dirigeant choisit de se faire accompagner
Nicolas Coudert connaît l'isolement de l'entrepreneur.
Sans associé, refusant de faire peser les choix stratégiques sur sa seule famille, il fait un constat : il lui faut un regard extérieur, quelqu'un capable de le challenger.
Le déclencheur ? Une entreprise saine, mais payée cher, dont le poids de la dette LBO pèse sur les premières années. Comment l'alléger ? La réponse logique : la croissance, donc une vision et une planification suppose de sortir du mode réactif des débuts pour entrer dans l'anticipation.
L'accompagnement de Yannick Chammings lui apporte trois leviers :
- Un langage commun, parce que son coach a lui-même un vécu entrepreneurial
- Une pensée structurée, pour ne pas se convaincre seul que ses décisions sont les bonnes
- Une hygiène entrepreneuriale, qui impose ce qui manque le plus : du temps et du recul
Le diagnostic TMA, plus poussé que tout ce qu'il avait connu, joue ici un rôle clé : connaître ses points forts, ses points faibles, et surtout savoir s'entourer de profils qui le complètent.
Les conseils de Nicolas Coudert aux repreneurs
De cet échange émergent plusieurs convictions fortes pour celles et ceux qui envisagent une reprise :
- Faire preuve d'humilité et de patience avec les équipes en place, sans bousculer trop vite l'organisation
- Traiter immédiatement les signaux d'alerte, en particulier sur les sujets humains
- Multiplier les regards extérieurs, pendant l'évaluation comme tout au long du parcours
- Ne jamais négliger la dimension humaine, même surtout dans une activité industrielle
- Aller à la rencontre des clients, pour orienter la transformation et nourrir l'innovation
Ce que l'on retient de cet échange
Reprise d'entreprise, transmission d'un savoir-faire et mission de protection : cet épisode montre qu'un repreneur n'est pas seulement un acquéreur, mais le gardien d'une histoire qu'il fait grandir.
Et il rappelle une vérité que l'industrie oublie parfois : la transformation durable repose autant sur la stratégie que sur le temps laissé aux femmes et aux hommes qui font l'entreprise.
L'ambition de Nicolas Coudert pour Sinthylène ? La rendre pérenne, bien au-delà de son passage et continuer à protéger les professionnels face à des aléas climatiques toujours plus nombreux.
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Yannick CHAMMINGS
« C'est dans le brouillard du présent que les décisions se prennent » - A.Clermont-Tonnerre
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