Les compétences digitales des dirigeants suisses. Et si la technologie nous ouvrait un nouvel âge d’or ?
Dans ce premier épisode suisse des Visconti Talks, Hubert Reynier, fondateur de Visconti Partners, rencontre à Lausanne Stéphane Grivat, fondateur et CEO de WNG Group, et Quentin Prévot, directeur de l'agence e-commerce Antadis. Trois dirigeants pour décrypter ensemble la révolution silencieuse qui s'opère dans les comités exécutifs et les conseils d'administration : la prise en main, par le CEO lui-même, des enjeux du digital et de l'intelligence artificielle.
Mais qui sont Stéphane Grivat et Quentin Prévot ?
Stéphane Grivat dirige depuis Lausanne WNG Group, un écosystème digital né il y a 24 ans d'une agence web et qui rassemble aujourd'hui trois agences (WNG SA, Rizes, Antadis), plusieurs startups accompagnées (LegalPass, EduTrust) et un startup studio, Apolo, monté conjointement avec QoQa. Vingt-quatre années à traverser quatre à cinq révolutions industrielles du web, ce qui lui donne un regard rare sur la nature cyclique des transformations technologiques.
Quentin Prévot, directeur d'Antadis (intégrée à WNG Group), incarne la génération des digital natives. Diplômé d'un MBA à l'EPFL où il a soutenu une thèse sur les cas d'application business de l'IA, il accompagne au quotidien des marques suisses dans leur stratégie e-commerce et leur appropriation de l'IA générative.
Le digital n'est plus un sujet technique, c'est un sujet de leadership
Le constat partagé est sans appel : dans la plupart des entreprises, le digital reste délégué au DSI, au CTO, au CMO ou à un "Head of Digital" rarement porté par le CEO lui-même. Or, comme le rappelle Stéphane Grivat, « le vrai enjeu du digital, et encore plus de l'IA, c'est l'humain, c'est la culture. Et quand on parle de culture, on parle de top management. »
Plus frappant encore : les boards manquent cruellement de compétences digitales. Là où les conseils d'administration regorgent d'expertises financières, juridiques ou RH, la discipline transversale qu'est devenue le digital y est quasi absente. Un déficit aggravé par l'âge moyen élevé des administrateurs et un format de board jugé inadapté à la temporalité de la tech.
Repenser le board : plus fréquent, plus agile, plus fun
Les trois dirigeants plaident pour une réforme profonde du conseil d'administration : passer du board trimestriel "PME à la papa" à un format mensuel, agile, incisif, centré non plus uniquement sur le pilotage financier et la gestion des risques, mais sur sa mission première : le coaching du CEO. La diversité générationnelle, culturelle et de genre y devient un levier stratégique de premier plan.
L'IA : changement de paradigme et nouveau "Far West"
L'intelligence artificielle bouleverse plusieurs équations en même temps :
- Le mode de production des outils : un dirigeant peut désormais opter pour un CRM "full IA" sur-mesure plutôt qu'une solution standardisée.
- L'évolution des métiers : « Les développeurs qui maîtrisent l'IA remplaceront ceux qui ne la maîtrisent pas », observe Stéphane Grivat, citant l'exemple de Philippe, CEO avocat de LegalPass, qui "vibe-code" en trois jours ce qui prenait trois semaines à un mois et demi.
- Le besoin de cadrage : la stratégie de l'"IA en cage" s'impose pour les sujets sensibles — IA performante mais utilisée par briques spécifiques, jamais en autonomie totale sur des documents critiques.
- Le GEO (Generative Engine Optimization), nouvelle discipline succédant au SEO : positionner sa marque dans les résultats de ChatGPT, Claude ou Gemini devient un terrain de jeu où se joueront les cinq prochaines années.
- L'IA comme "miroir grossissant" des lacunes technologiques : dette technique, mauvaise qualité de la donnée — l'IA révèle tout et exige des fondations saines.
Réflexion, décision, action : le triptyque du dirigeant moderne
L'IA réduit drastiquement le temps de réflexion. Conséquence : la pression se déplace sur la décision et l'action. Hubert Reynier en tire une conviction forte : le leadership "intellectuel" celui qui passe des heures à modéliser, se démonétise au profit d'un leadership de l'instinct et de l'exécution. Stéphane Grivat le complète : il y a des moments où « la data se plante monumentalement », et c'est là que tout l'art du dirigeant consiste à naviguer entre intuition et donnée.
Commerce agentique, pricing dynamique, business models : ce qui change déjà
Quentin Prévot illustre la mutation par le commerce agentique : des agents IA qui commandent à la place du consommateur, ce qui bouleverse le parcours client, redonne de l'importance à l'unboxing comme premier point de contact avec la marque, mais ne se généralisera pas pour autant aux achats à forte composante émotionnelle. Hubert Reynier cite un autre cas concret : une marque cosmétique B2C française capable, grâce à des agents IA, de faire du pricing dynamique. Un terrain réservé hier aux grands groupes.
Les trois piliers à transmettre : passion, créativité, authenticité
Pour l’avenir de ses filles comme pour les entreprises qu'il dirige, Stéphane Grivat retient trois fondamentaux qui résistent à toutes les vagues technologiques :
- La passion, moteur permanent d'adaptation
- La créativité, proprement humaine et inimitable par l'IA
- Le retour à l'authentique et aux valeurs — le fameux start with why
Les conseils du coach
Trois convictions ressortent de cet échange pour tout dirigeant qui veut traverser cette vague sans la subir :
- Être curieux et "hands-on" : on n'incarne pas une technologie qu'on regarde de loin.
- Cultiver une culture de l'erreur : on n'innove pas en visant le zéro défaut. Mieux vaut faire plein de petites erreurs rapidement que subir un échec majeur plus tard.
- Industrialiser la gouvernance de l'IA : sortir de l'usage anarchique (chaque service dans son coin) pour bâtir un cadre qui plug agents IA, sources de données et règles métier.
Un âge d'or pour l'entrepreneuriat
Le mot de la fin appartient aux invités : nous vivons une époque que Stéphane Grivat compare au "Far West" du web en 1998-1999. Une époque d'incertitudes (coût réel des tokens aujourd'hui subventionnés, enjeux énergétiques, bulles potentielles), mais surtout une période où, comme le résume Quentin Prévot, « il ne faut pas avoir peur, il faut y aller maintenant ». Pour qui possède un minimum de curiosité et de bagage technologique, sans même être développeur, c'est un véritable âge d'or de l'entrepreneuriat.
Découvrez dans cet épisode comment les dirigeants peuvent reprendre la main sur les enjeux de digital et d'IA, repenser leur gouvernance et transformer leur entreprise sans la fracturer.
.png)
Hubert REYNIER
« Those who do are right »








.png)
.png)
